La route japonaise de la foi

Par Pierre Mathieu le  sous Aventures

La population du Japon est de 126 millions. Selon les statistiques officielles, 106 millions de Japonais sont shintoïstes et 96 millions sont bouddhistes. Comme je me doute bien que les fonctionnaires du ministère de la statistique du Japon savent compter, il faut chercher l’explication de cette duplication ailleurs. « Le Japonais nait shintoïste et meurt bouddhiste ». Cet énoncé, que l’on entend très souvent, nous aide à comprendre.

Pendant les premiers mois passés dans ce pays, le choc culturel n’est pas brutal, mais insidieux. En fait, presque tout est différent, mais rarement de façon spectaculaire. La religion, en est un bon exemple. On peut voir des édifices religieux partout, temples ou sanctuaires, mais en même temps, il est surprenant de réaliser à quel point la religion a peu d’importance dans la vie quotidienne des Japonais. En fait, la religion est importante pour les grandes étapes de la vie.

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Par exemple, tous les ans, le 15 novembre, on fête Shichi-Go-San, un rite de passage traditionnel pour les fillettes de 3 et 7 ans et pour les garçons de 5 ans. La cérémonie a lieu dans un sanctuaire shintoïste et les enfants portent leur plus beau kimono. Les mariages sont aussi célébrés au sanctuaire. Et quand un Japonais se prépare pour un événement important (examen ou entrevue d’emploi par exemple), il ira y prier et faire un don. Un ami japonais m’a un jour demandé si je voulais l’accompagner pour sa visite au sanctuaire afin de « préparer » un examen important. Comme il se disait athée, devant ma surprise, il répliqua : « Je préfère ne pas courir le risque ». Une attitude fréquente des Japonais devant la religion : on n’y croit pas vraiment, mais on n’ose pas ne pas suivre la tradition.

Avant l’apparition du bouddhisme, les Japonais étaient animistes. Ils vénéraient les forces de la nature, appelées Kami, dont le plus célèbre est le mont Fuji. Il est facile de comprendre pourquoi un peuple qui vénère les esprits que l’on retrouve dans la nature a fait de cette montagne un Kami important. Il s’agit de s’imaginer au pied du Fuji pendant une éruption volcanique ;  la dernière, en 1707, a projeté des cendres jusqu’à Tokyo, 100 kilomètres plus loin.

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Quand le bouddhisme est apparu au Japon, les traditions animistes n’ont pas du tout disparu. Encore aujourd’hui, lorsqu’on achète une nouvelle voiture ou une nouvelle maison, on fait venir le prêtre shintoïste qui, avec son grand costume et ses clochettes, vient chasser les mauvais esprits. Même Japan airlines leur fait appel quand ils reçoivent un nouvel avion, et la cérémonie est télévisée. Évidemment, notre circuit s’arrête au pied du mont Fuji, pour admirer sa beauté « parfaite », mais aussi sur la magnifique île de Miyajima, considérée comme sacrée par le shintoïsme.

Le Japonais « meurt bouddhiste », car tout ce qui concerne les cérémonies mortuaires et la vie après la mort sont bouddhiques. L’influence du bouddhisme est surtout visible dans l’architecture, pas seulement dans les grands temples, mais aussi dans la discrète harmonie de l’espace intérieur, où la beauté se manifeste par une grande simplicité.

Par Pierre Mathieu