Le cortège des âmes blanches à Lalibela, Éthiopie

Par André Roy le  sous Aventures

Je me suis longtemps demandé ce que je gagnais à vouloir voyager toujours plus loin. En relisant Le pèlerinage aux sources de Lanza del Vasto, j’ai trouvé la réponse la plus évocatrice à mes yeux. « Cette distance qui fait que le regard s’aiguise et qu’on voit clair… » C’est bien ce que me disaient les « âmes blanches » que j’ai rencontrées à Lalibela en Éthiopie.

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Lalibela, nord de l’Éthiopie, janvier 2002 – Plutôt méconnue, l’Éthiopie est certainement l’un des pays d’Afrique qui m’a le plus fasciné et surpris. D’abord par la beauté de sa population, hommes et femmes, longs et effilés comme le Nil bleu qui coule sur le territoire. Ensuite, par la vitalité d’une église orthodoxe autonome présente surtout dans le centre et le nord du pays, et dont les plus beaux monuments se trouvent à Lalibela, cité monastique dont la tradition établit la naissance au XIIIe siècle. Des onze d’églises rupestres qui composent le site, Bete Giyorgis (église Saint-Georges, patron des Éthiopiens) est la plus célèbre, sans doute par sa construction en forme de croix taillée dans le roc.

C’est à cet endroit magique que je me retrouve avec le premier groupe en Éthiopie et notre guide Julien, aux petites heures d’un matin de janvier 2002. Notre intérêt principal n’est pas tant de voir pointer le disque solaire à l’horizon, mais d’assister à la procession des pèlerins et dévots venus célébrer la fête de leur saint patron, Saint-Georges, dans l’église qui porte son nom.

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Les premiers rayons réchauffent un peu l’air brumeux, et tranquillement, je peux distinguer, tel un chapelet de petites pierres blanches perçant les nuages, les fidèles vêtus de grands tissus translucides s’avancer vers l’ouverture au centre de laquelle se trouve Bete Giyorgis. J’entends au loin, en provenance de l’église même, des chants qui viennent non pas briser, mais magnifier le silence qui enveloppe tout le site. Je constate aussi qu’aucun des membres du groupe n’a prononcé un mot, probablement encore bercés par les brumes du sommeil, et figés par cette atmosphère contemplative. Quant à moi, je suis des yeux ce cortège irréel, ces frêles « âmes blanches » qui descendent lentement vers l’église.

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En compagnie de notre guide local, nous les imitons et prenons la direction de l’église cruciforme. Au bout de quelques instants, nous pénétrons dans une petite salle attenante et avons le privilège d’assister à une partie de la messe exécutée selon le rituel orthodoxe éthiopien, avec des chants, des ornements sacerdotaux et des magnifiques croix propres à cette confession.

Pendant ces précieux moments, je me laisse imprégner des voix qui récitent et chantent les louanges, ainsi que par l’odeur de l’encens qui forme de lentes volutes autour de moi. Un moment de pur recueillement, et de grande sérénité.

Oui, elle était bien là, cette distance qui aiguise le regard.
André Roy